Pas de mystère, l'exigence
écologiste naît des désastres écologiques du productivisme
Les trois écologies
L'écologie
a des significations radicalement différentes selon l'utilisation politique qui
en est faite. Plutôt que de vouloir rassembler des stratégies antagonistes,
elle doit se scinder au contraire en 3 tendances contradictoires.
1. L'écologie
fondamentaliste et réactionnaire,
dont le mot d'ordre est "respectons les lois de la nature" reprend
les argumentations des droites traditionnelles (légitimistes, royalistes,
autoritaires, fascistes) sur l'ordre naturel, inégalitaire, la division des
fonctions, la ségrégation des populations, l'hygiénisme, le biologisme et la
normalisation. La liberté humaine y représente le mal absolu contre la loi
naturelle et contraignante d'une harmonie originelle et non discutable.
2. L'écologie
environnementaliste libérale et
centriste dont le mot d'ordre est "la qualité de la vie" se réduit à
préparer les futures industries de l'environnement, l'intégration de la gestion
des déchets de l'économie et la sauvegarde de parcs de loisirs, d'ensembles
touristiques, de musées d'espèces rares, destinées aux cadres privilégiés d'un
capitalisme sauvage qui sait qu'il doit séduire, par l'artifice d'une nature
reconstituée, les meilleurs diplômés assurés qu'il pourront profiter idéalement
des avantages matériels qu'on leur fait miroiter (la Vraie Vie!) et d'une
"liberté naturelle" garante de prospérité. Pour le libéralisme, la
liberté est instrumentalisée, ravalée au rang de moyen pour le marché. Liberté
du plus fort et loi du possédant.
3.
L'écologie-politique enfin dont le
mot d'ordre est de "prise en compte de la totalité et maîtrise de notre
environnement, des conséquences de nos actions sur nous-mêmes et notre
avenir", reprendre le contrôle de l'économie, imposer la prise en compte
des besoins réels et des nuisances indésirables, globaliser les problèmes au
niveau mondial, corriger la force mécanique de l'évolution par la volonté d'un
développement contrôlé, démocratique, équilibré, rationnel et diversifié. La
liberté est, de ce point de vue, un idéal, la dignité de l'homme qui doit être
reconnue supérieure à toute autre rationalité (économique, géopolitique,
biologique) et doit atteindre à l'effectivité qui ne peut plus être que
mondiale, à la mesure des enjeux du temps. Il ne s'agit pas de protéger une
nature originelle, ni de protéger et rentabiliser les richesses naturelles mais
de prendre possession de notre monde, s'opposer aux logiques inhumaines d'un
développement tyrannique et aveugle, fonder un nouvel être-ensemble, de
nouvelles solidarités contre la société marchande et ses intérêts à courte vue.
27/11/93
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